Levées de fonds en France - Mars 2026 : 57 opérations et 1,9Md€

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57 opérations, 1 911M€ dont 890M€ sur un seul deal IA. Nucléaire, quantum, cybersécurité en vedette. Le baromètre Builders Republic des levées de mars 2026.

Mars 2026 s'écrit en deux temps. Il y a AMI Labs, qui boucle un premier tour de 890M€ avec un plateau d'investisseurs mondiaux (Bezos Expeditions, NVIDIA, Samsung, SoftBank, Temasek, etc), et qui seul représente 47% du total du mois. Et il y a les 56 autres opérations, pour 1 021M€, qui constituent déjà un mois record sans lui. Quantum, nucléaire, cyber, IA : mars 2026 aligne les ruptures technologiques avec des capitaux à la hauteur. Pasqal lève 170M€ en Série C sur le calcul quantique. Calogena (100M€) et Jimmy Energy (80M€) placent le nucléaire au cœur du portefeuille VC français. 57 deals au total. Voici le détail. Les chiffres du mois Indicateur Mars 2026 Mars 2025 Nombre d'opérations 57 42 Montant total levé 1 911M€ 386M€ Ticket moyen 33,5M€ (18,2M€ hors AMI Labs) 9,2M€ Ticket médian 5,0M€ 4,0M€ Part Seed + Série A 74% des deals 81% des deals Part B2B 91% 79% Part fondatrices 16% 17% Part impact 40% 40% Répartition par stade : Seed : 27 opérations Série A : 16 opérations Série B : 7 opérations Série C : 1 opération (Pasqal) Série G : 1 opération (Alan) PE Round : 2 opérations (Enersweet et Moulinot) Extension : 3 opérations Les deals du mois AMI Labs : le Seed qui redéfinit l'échelle du VC français AMI Labs - 890M€ (Seed, IA, IDF) Un premier tour de 890M€. La formulation est vertigineuse, et pour cause : c'est le plus gros premier tour jamais réalisé par une startup française (et même européenne). AMI Labs développe des modèles d'IA de type "world models", des architectures conçues pour raisonner sur le monde avec une mémoire persistante, au-delà du simple traitement de tokens. Le plateau d'investisseurs dit tout sur l'ambition : Cathay Innovation, HV Capital, Greycroft, Bezos Expeditions, Temasek (fonds souverain singapourien), Alpha Intelligence Capital, Bpifrance Digital Venture, Aglaé Ventures, Artémis, NVIDIA, Samsung, Toyota Ventures, SoftBank Ventures Asia, Publicis, Groupe industriel Marcel Dassault, Eurazeo, Daphni, Founders Future, Serena, Kima Ventures, 20VC. Plus de 30 investisseurs co-investissent sur ce tour. Le signal est structurel : les capitaux mondiaux se positionnent sur la prochaine vague de l'IA, celle des modèles qui agissent dans le monde réel plutôt que de simplement répondre à des prompts. La France produit un acteur crédible sur cette thèse. Les plus gros chèques du monde en sont convaincus. Nucléaire : 2 deals en un mois Mars 2026 s'impose comme le mois du nucléaire dans le VC français. 2 opérations distinctes, 2 approches différentes de la même rupture énergétique. Calogena - 100M€ (Série B, Énergie / Nucléaire, PACA) Calogena développe des petits réacteurs modulaires (SMR) standardisés pour la fourniture de chaleur décarbonée dans les réseaux de chaleur urbains et les process industriels. SNEF et la Banque des Territoires / Caisse des Dépôts co-investissent. Ce ne sont pas des fonds VC classiques, ce sont des acteurs industriels et institutionnels qui financent une infrastructure de long terme. Le message est clair : le SMR n'est plus un concept de laboratoire, c'est une réponse concrète à la décarbonation industrielle. Jimmy Energy - 80M€ (Série B, Énergie / Nucléaire, IDF) Jimmy Energy travaille sur une approche différente : des générateurs thermiques basés sur la fission nucléaire pour produire de la chaleur industrielle décarbonée. Crédit Mutuel Impact et ADEME Investissement mènent le tour, aux côtés d'Eren Groupe, Noria, Polytechnique Ventures et Omnes Capital. La convergence entre capital-risque industriel (Omnes, Eren) et financement public orienté impact (ADEME) caractérise précisément ce type de deeptech à long délai de déploiement mais à fort potentiel d'échelle. Ce n'est pas une surprise si on a suivi le baromètre de février : Newcleo (75M€, SMR au plomb) et Hexana (5M€, SMR) avaient déjà signalé l'accélération. Le mouvement se confirme en mars avec Calogena et Jimmy Energy, 2 acteurs qui abordent la chaleur décarbonée par des technologies distinctes. Ce qui était une tendance émergente en février devient un secteur d'investissement structuré en mars. Le quantum entre en mode pré-IPO Pasqal - 170M€ (Série C, Quantum, IDF) Cette Série C n'est pas une levée isolée : elle s'inscrit dans un plan de financement global d'au moins 340M€ en vue d'une introduction en bourse. Pasqal prépare une double cotation : d'abord au Nasdaq via un SPAC (Bleichroeder Acquisition Corp II, déjà listé depuis janvier 2026), puis sur Euronext Paris. La valorisation pré-money est fixée à 2Md$. Parkway Venture Capital, Quanta Computer (Taïwan), LG Technology Ventures, CMA CGM, Temasek et Saudi Aramco Entrepreneurship Ventures participent à ce tour, aux côtés de Bpifrance et de l'EIC. Co-fondée par Alain Aspect (prix Nobel de physique 2022 pour ses travaux sur l'intrication quantique) Pasqal développe des processeurs quantiques à atomes neutres pour l'industrie et la recherche. La société compte aujourd'hui plus de 25 clients actifs, dont CMA CGM, OVHcloud, Thales et Sumitomo, et plus de 275 collaborateurs. 2025 a marqué le passage du mode "prototype de laboratoire" au mode "livraison industrielle" : des machines quantiques en production, chez des entreprises réelles, sur des charges de travail réelles. Le calendrier dit tout sur la maturité du secteur : une IPO Nasdaq planifiée en 2026 sur une technologie que la plupart des investisseurs considéraient comme "commercialement lointaine" il y a encore trois ans. Le quantum suit exactement la même trajectoire que l'IA générative, sauf que le cycle de capitalisation est plus long et les barrières technologiques beaucoup plus élevées. Le top 10 complet Startup Montant Stade Secteur Région AMI Labs 890M€ Seed IA IDF Pasqal 170M€ Série C Quantum IDF Hynaero 117M€ Série A Aérospatial / Défense PACA Calogena 100M€ Série B Énergie / Nucléaire PACA Alan 100M€ Série G Santé / Assurance IDF Jimmy Energy 80M€ Série B Énergie / Nucléaire IDF Moulinot 50M€ PE Round Climat / Déchets IDF Enersweet 45M€ PE Round Climat / Logiciels IDF Cryptio 39M€ Série B Fintech / Crypto IDF Waiv 29M€ Série A Santé IDF À noter sur Hynaero (117M€, Série A) : la startup développe des avions amphibies de nouvelle génération pour la lutte aérienne contre les incendies. Bpifrance et Région Sud Investissement portent l'opération. Un Série A à 117M€ sur un actif aussi hardware et régalien, c'est exceptionnel et révélateur de l'appétit des financeurs publics pour des actifs climatiques à fort impact territorial. À noter sur Alan (100M€, Série G) : les chiffres publiés le même mois éclairent ce tour. Alan affiche 785M€ d'ARR en 2025, soit +53% sur un an (contre 505M€ en 2024), et couvre désormais 1 million d'assurés en France, Belgique et Espagne. La société a atteint la rentabilité opérationnelle sur son marché historique français et vise la rentabilité globale d'ici 2027. La valorisation post-money dépasse les 5Md€, contre 4Md€ lors de la Série F de septembre 2024, Alan a levé 666M€ depuis sa création en 2016. Greenoaks, Kaaf Investments et SH Capital rejoignent un tour que Index Ventures et Belfius soutiennent également. À noter dans le cap table : Kylian Mbappé entre au capital via son fonds Coalition Capital. L'usage des fonds annoncé : croissance externe, développement produit et expansion internationale, avec le Canada déjà activé. Ce n'est pas un tour de survie ni une levée défensive : c'est la logique d'un acteur qui démontre sa trajectoire et lève pour accélérer ce qui fonctionne. Objectif affiché pour 2026 : 1Md€ d'ARR. Tendances sectorielles La santé reste le secteur le plus actif en volume de deals Neuf opérations en santé : Waiv (29M€, Série A, oncologie de précision), Parallel (17,3M€, Série A, agents IA pour l'administratif hospitalier), Lifebloom (8M€, Série A, exosquelettes), May Health (10M€, extension, santé féminine), DiappyMed (5M€, Seed, diabète), MindDay (2M€, Série A, santé mentale), Kervalion (0,7M€, Seed, chirurgie dentaire), Albupad (1,3M€, Seed, suivi à distance). La profondeur de l'écosystème healthtech français reste inégalée en Europe. Parallel (17,3M€, Série A) mérite attention. Ce fut un deal compétitif remporté par Index Ventures. Le positionnement est malin : plutôt que d'attaquer frontalement les logiciels métiers des hôpitaux (marché verrouillé par des acteurs legacy avec des cycles de vente de 3 ans et des DSI réticentes), Parallel construit des agents IA qui s'assoient par-dessus les outils existants et automatisent les tâches répétitives sans remplacer les systèmes en place. Moins de friction à l'adoption, valeur visible rapidement, logique d'expansion naturelle. Frst, Y Combinator et eFounders complètent le tour. La cybersécurité s'industrialise 3 deals cyber en mars : Qevlar AI (25,8M€, Série B), Escape (15,4M€, Série A), Lupin & Holmes (5,4M€, Seed). Trois stades, trois approches : détection et réponse automatisée aux cyberattaques (Qevlar AI, avec Partech, Forgepoint Capital et EQT Ventures), sécurisation du code applicatif cloud (Escape, avec Balderton et Y Combinator), surveillance des risques chaîne d'approvisionnement (Lupin & Holmes, avec 20VC et Seedcamp). La trajectoire est celle tracée par GitGuardian (42M€) en février et Stoïk (20M€) en janvier : la cybersécurité française produit des acteurs de croissance capables d'attirer les fonds américains et britanniques. Foodtech et protéines alternatives : une filière qui prend forme Quatre opérations sur les protéines alternatives et la foodtech deeptech : Standing Ovation (25M€, Série B - caséines fermentaires, avec Bpifrance Green Venture et Danone Manifesto Ventures), BaCta (7M€, Seed - bioproduction d'ingrédients industriels durables, avec Daphni et LocalGlobe), Jay & Joy (2M€, Seed - fromages végétaux, avec Make Sense et Demea Invest), et Drinkee (3,4M€, Seed - bars self-service connectés). En parallèle, Amatera (6M€, Série A) sur les variétés végétales et Living Models (6M€, Seed) sur la communication des plantes complètent un ensemble agritech et foodtech cohérent. Répartition des deals par secteur : Secteur Deals Santé 9 Fintech / Assurance 7 Énergie 7 IA & Automatisation 4 Climat / Cleantech 4 Foodtech / Life sciences 4 Cyber & Sécurité 3 Agritech 3 Défense 2 Logistique 2 Legaltech 2 Autres (8 secteurs) 10 Géographie : l'IDF domine les montants, 32% des deals en régions L'Île-de-France concentre 39 deals sur 57 (68%) et la quasi-totalité des grandes opérations. Les 8 deals au-delà de 80M€ sont tous parisiens, à l'exception d'Hynaero (117M€, PACA) et de Calogena (100M€, PACA). Région Deals Île-de-France 39 Auvergne-Rhône-Alpes 3 Provence-Alpes-Côte d'Azur 3 Grand Est 3 Nouvelle Aquitaine 2 Hauts-de-France 2 Occitanie 2 Normandie 2 Pays de la Loire 1 La PACA réalise son meilleur mois en montants avec Hynaero et Calogena. L'Auvergne-Rhône-Alpes confirme sa place avec trois deals dont Heliup (16M€, photovoltaïque léger pour toiture commerciale, Série A) et Novacium (2,5M€, matériaux silicium pour batteries Li-ion). Le Grand Est marque sa présence avec Nabu (3M€, dédouanement SaaS, avec Getlink et Maersk Growth), un deal discret mais solide sur un marché B2B international. Les deals à surveiller Au-delà des montants, quelques opérations early-stage méritent l'attention : DeepIP (21,5M€, Série B) : assistant IA de rédaction de brevets pour cabinets de propriété intellectuelle, avec Korelya Capital, Balderton Capital, Serena et Headline. La legaltech deeptech est un marché sous-médiatisé, complexe réglementairement, à cycle de vente long, mais avec une valeur ajoutée très défendable. Balderton et Korelya en Série B, c'est une validation forte. Egide (8M€, Seed) : systèmes d'intercepteurs en réseau pour la défense anti-drone. Eurazeo, Expeditions Fund, Heartcore Capital, Galion.exe et Kima Ventures co-investissent. La défense anti-drone est un marché en construction rapide, les conflits récents ont exposé la vulnérabilité des dispositifs militaires face aux essaims de drones. Un Seed avec ce plateau, c'est le signal que les fonds généralistes intègrent maintenant la défense tech dans leurs thèses. Piston (3M€, Seed) : ERP natif IA pour la gestion de la chaîne d'approvisionnement, avec Daphni, Kima Ventures, Motier Ventures et Drysdale Ventures. L'ERP est un marché dominé par des acteurs legacy (SAP, Oracle), Piston parie que l'IA permet de reconstruire cette couche de zéro, sans dette technique, pour les entreprises qui ne peuvent pas se payer les grandes suites. Angle défendable, fondateurs solides au regard du plateau d'investisseurs. Lemrock (5M€, Seed) : infrastructure de commerce dans les agents conversationnels IA, pour que les marques puissent vendre directement dans les interfaces IA. Galion.exe et Techmind VC mènent. Le "commerce dans l'IA" est un marché naissant mais avec une logique économique claire : si les interfaces IA remplacent progressivement les moteurs de recherche, les marques ont besoin d'une couche de distribution adaptée. Ce qu'on retient Mars 2026 marque un cap. Pas uniquement à cause d'AMI Labs, même si 890M€ sur un premier tour reste une anomalie statistique dans le VC mondial. Ce qui est frappant, c'est la cohérence des thèmes sous-jacents : la France lève sur des ruptures technologiques profondes, avec des capitaux qui viennent des quatre coins du globe. Trois signaux à retenir pour la suite : L'IA de fondation attire les capitaux mondiaux. AMI Labs n'est pas un deal de niche. Avec Bezos, NVIDIA, SoftBank et Temasek sur le même cap table, c'est une thèse planétaire sur les modèles d'IA de prochaine génération. La France produit un acteur sur cette thèse. Le nucléaire s'est normalisé dans le VC français. Janvier zéro, février deux (Newcleo, Hexana), mars deux nouveaux (Calogena, Jimmy Energy). La convergence entre urgence climatique, souveraineté énergétique et maturité technologique crée les conditions d'un vrai secteur d'investissement, avec ses propres fonds, ses propres logiques de financement. Le quantum passe en mode croissance. Pasqal en Série C avec des industriels asiatiques et moyen-orientaux au capital : le calcul quantique n'est plus un paris académique, c'est un actif de portefeuille pour des investisseurs stratégiques. Les cycles sont longs, mais les premiers tickets de croissance viennent d'être posés. Ce que ça veut dire si vous levez en 2026 Janvier : 591M€, 39 deals. Février : 521M€, 45 deals. Mars : 1 911M€, 57 deals. Le premier trimestre 2026 dépasse 3Md€ pour 141 opérations. C'est le trimestre le plus capitalisé de l'histoire récente du VC français, même en retirant AMI Labs. Si vous levez un Seed , le volume est au plus haut : 27 opérations en mars, record depuis janvier. Mais la dispersion est forte, de 0,3M€ (Karden Avenir) à 890M€ (AMI Labs). La médiane à 5M€ est le repère utile. Ce qui fait la différence : la clarté de la thèse, la qualité des premiers investisseurs au cap table, et la capacité à articuler un angle propriétaire sur un marché. Egide (8M€, défense anti-drone), Lemrock (5M€, commerce IA), Piston (3M€, ERP IA) montrent trois géométries différentes du bon Seed en 2026. Si vous levez une Série A , c'est le stade le plus actif après le Seed (15 opérations). Les tickets vont de 2M€ (Babbar) à 29M€ (Waiv). L'écart reflète la maturité commerciale et la qualité des fonds lead, Waiv avec Index Ventures et OTB Ventures, c'est un consensus fort autour d'une startup santé avec des investisseurs spécialisés. Construire ce consensus nécessite des preuves tangibles : rétention, ticket moyen, expansion de compte. Si vous levez une Série B ou au-delà , la réalité est plus dure à entendre : lever à ces stades n'est plus la norme pour la majorité des startups VC-backed. Les capitaux se concentrent sur un nombre restreint de dossiers, les futurs champions, et la barre a été relevée en conséquence : ARR substantiel, croissance maintenue, présence internationale déjà amorcée. La plupart des boîtes qui ont levé une Série A en 2021-2022 n'ont pas les métriques pour lever une Série B aux conditions du marché actuel. Leur trajectoire probable : recherche de rentabilité à court terme, ralentissement volontaire de la croissance, parfois une acquisition. C'est une réalité de marché, pas un échec. Pour les beaux actifs en revanche, les fonds anglo-saxons restent actifs et à l'affût. Sept Séries B en mars, dont Cryptio (39M€, Blackfin + Sentinel Global) et DeepIP (21,5M€, Korelya + Balderton) : deux profils sectoriels très différents, mais un point commun, un fonds international convaincu au lead ou en co-investissement. Si vous êtes dans cette fenêtre, la présence d'un fonds étranger n'est plus un bonus, c'est souvent la condition pour boucler le tour. Pour identifier les fonds alignés avec votre stade et secteur, consultez la base de 750+ investisseurs français . 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