Feux de forêt : les technologies et startups qui changent et changeront la lutte contre les incendies

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Data, Analyse, Tendances

Détection par IA, satellites thermiques, robots, successeurs du Canadair : panorama des technologies et des startups de la lutte contre les incendies.

Au 25 juillet 2026, près de 98 000 hectares avaient brûlé en France depuis le début de l'année. Un record historique, annoncé par le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. Gironde, Landes, Var, Pyrénées-Orientales, Drôme, Côtes-d'Armor, Fontainebleau : la carte des départs de feu ne se limite plus à l'arc méditerranéen. Et la trajectoire ne devrait pas s'inverser. Selon les projections des Nations unies, le nombre d'incendies extrêmes dans le monde pourrait augmenter de 14% d'ici 2030, de 30% d'ici 2050 et de 50% d'ici la fin du siècle . La saison s'allonge d'année en année, et des massifs qu'on ne classait pas à risque le sont désormais. Pour répondre à ces défis, une industrie s'est structurée. Caméras dopées à l'intelligence artificielle, satellites à imagerie infrarouge thermique, robots terrestres, machines de brûlage dirigé, bombardiers d'eau de nouvelle génération : la chaîne technologique de la lutte contre les incendies s'est densifiée en 5 ans. Le capital qui la finance, beaucoup moins. La chaîne de valeur du feu : 5 maillons, 5 marchés On parle souvent de "lutte contre les incendies" comme d'un bloc. En réalité, il s'agit de 5 métiers distincts, avec des acheteurs, des cycles de vente et des modèles économiques différents : prévenir, détecter, combattre, protéger, réparer . C'est cette segmentation qui explique pourquoi certains segments lèvent des dizaines de millions et d'autres survivent en subventions. 1. Prévenir : modéliser, débroussailler, replanter Le feu se gagne avant l'été, sur 3 leviers distincts. Cartographier l'exposition Callendar (France, créée en 2019, 210k€ levés) transforme les projections climatiques en indicateurs locaux. On saisit une adresse, on obtient une estimation de l'exposition au risque de feu de forêt sur les décennies à venir. Le cas d'usage réel n'est pas le particulier curieux : ce sont les collectivités, les assureurs et les entreprises qui doivent chiffrer un risque physique sur des actifs immobiliers ou industriels. Hydroclimat (France, créée en 2019, 2M€ levés) produit des projections ultra-locales de température, de précipitations, d'inondation et de sécheresse. Celest Science (France, créée en 2023, 1M€ levé) aide assureurs, opérateurs énergétiques et agro-industriels à anticiper les événements extrêmes. Ces 3 sociétés vendent la même chose sous des habillages différents : de la donnée climatique traduite en décision opérationnelle. Le marché sous-jacent, c'est la conformité au risque physique, poussée par la réglementation financière européenne. Retirer le combustible L'autre levier est physique. Moins de biomasse sèche, moins de feu. Le débroussaillage réglementaire existe en France depuis longtemps, mais il reste manuel, coûteux et mal appliqué. BurnBot (États-Unis, 20M$ levés en Série A auprès de ReGen Ventures, Toyota Ventures, Lowercarbon Capital et Convective Capital) a industrialisé le brûlage dirigé. Sa machine RX déploie du feu à l'intérieur d'une chambre fermée et refroidit le sol au fur et à mesure de son avancée. Résultat : très peu de fumée, quasiment aucun risque d'échappement, et donc une utilisation possible toute l'année, y compris à proximité d'habitations. La société est intervenue en Californie sous les lignes très haute tension de PG&E, l'électricien de l'État, et a réalisé une coupure de combustible de 16 hectares en 5 jours avec 3 personnes. Composer une forêt qui brûle moins Le levier le plus lent est aussi le plus structurel : la composition du peuplement. Un massif de résineux en monoculture brûle plus vite et plus fort qu'une forêt mélangée. Les feuillus ralentissent la progression du feu et en réduisent l'intensité, au point que les pompiers s'appuient sur leurs lisières comme points d'ancrage. EcoTree (Brest, créée en 2016, 16,2M€ levés) attaque le sujet par le financement. Particuliers et entreprises achètent des arbres et détiennent une part de forêt, la société assure la gestion : minimum 3 essences par projet, sylviculture mélangée à couvert continu, îlots de sénescence, restauration de zones humides. Elle a levé 12M€ en Série B en juillet 2022 auprès de Société Générale Ventures, Financière Fonds Privés et Famae Impact, et opère dans 6 pays européens. Son produit reste un placement forestier, et la résilience au feu un bénéfice collatéral de la gestion diversifiée. Mais c'est un des rares modèles qui finance la prévention structurelle sans argent public. 2. Détecter : la course aux minutes C'est le segment le plus actif, parce que la valeur y est facile à démontrer. Un feu détecté dans les 10 premières minutes se traite avec un camion. Le même feu détecté une heure plus tard mobilise des moyens aériens, et la facture change d'ordre de grandeur. Les caméras au sol FireTracking (France, créée en 2022) équipe des points hauts de caméras dont les images sont analysées en continu par un modèle de vision par ordinateur, entraîné à repérer une colonne de fumée. La société annonce détecter plus de 95% des départs de feu, en moins de 3 minutes à partir de l'apparition de la fumée. Le déploiement le plus significatif est celui d'Indre-et-Loire : un consortium formé avec Emerton Data et Axione a remporté l'appel à projets du Conseil départemental. Entre janvier et juin 2026, 6 sites supplémentaires ont été installés, portant la couverture à 95% de la surface des massifs forestiers du département. La société prépare une levée d'environ 3M€ pour accélérer son déploiement national. Pyronear (France, créée en 2019, association sans levée) fait la même chose en open source, sous statut associatif, depuis 2019. Des caméras sur points hauts, un algorithme de détection embarqué sur micro-ordinateur, et un code accessible à tous. C'est une réponse crédible pour les départements au budget contraint, et une pression durable sur les prix du segment. Pano AI (San Francisco, créée en 2019, 89M$ levés) fait le même métier que FireTracking, à trente fois la taille. La société a bouclé 44M$ en Série B en juin 2025 , menée par Giant Ventures, et revendique plus de 100M$ de contrats publics. Deux assureurs figurent à son tour de table : Liberty Mutual Strategic Ventures et Tokio Marine Future Fund. Les satellites C'est là que les montants changent d'échelle. OroraTech (Allemagne, Munich, 114M$ levés au total) a bouclé sa Série B auprès de Korys, du European Circular Bioeconomy Fund et de Bayern Kapital. La société opère une constellation de CubeSats 8U embarquant une charge utile infrarouge en bandes moyennes (MWIR) et longues (LWIR), ce qui permet de détecter à la fois les flammes à haute intensité et les feux couvants à basse température. L'ambition affichée va jusqu'à 100 satellites. FireSat est opéré par Muon Space (États-Unis, Mountain View, créée en 2021, 146M$ levés en Série B) pour le compte de l' Earth Fire Alliance , une organisation à but non lucratif américaine créée en 2024. Le programme a franchi une étape le 7 juillet 2026 : 3 satellites opérationnels ont été mis en orbite depuis la base de Vandenberg via la mission Transporter-17 de SpaceX. Chaque satellite embarque une charge utile infrarouge multispectrale à 6 canaux, capable de détecter un feu de 5 mètres sur 5 et de voir à travers la fumée et les nuages. Ces 3 premiers satellites assurent au moins 2 passages quotidiens sur chaque région exposée au feu dans le monde. L'objectif est une revisite horaire à l'échelle mondiale d'ici 2029. Le projet est soutenu par le Bezos Earth Fund, Google.org et la Gordon and Betty Moore Foundation. Kayrros (Paris, créée en 2016, 78,5M$ levés) n'est pas un pure player du feu, mais sa plateforme d'IA géospatiale exploite l'imagerie satellite pour suivre les risques environnementaux, incendies compris, pour le compte d'énergéticiens, d'institutions financières et d'États. La société a été rachetée par le britannique Energy Aspects en mai 2026 : le seul acteur français d'envergure sur l'observation environnementale par satellite a changé de mains. La détection satellite ne remplace pas la caméra au sol, elle la complète. Le satellite couvre les zones sans infrastructure et donne une vision globale ; la caméra donne la précision et la latence faible sur les zones à enjeux. Les acteurs qui gagneront seront ceux qui fusionnent les deux couches. Les drones C'est le maillon le plus banalisé, et le plus français. Novadem (Aix-en-Provence) équipe le SDIS 13 depuis 2014 avec ses NX70 et NX110, utilisés quotidiennement, ainsi que la Direction générale de la sécurité civile. Delair (Toulouse) a vendu au même SDIS ses DT18, capables de couvrir plus de 100 kilomètres en reconnaissance. Elistair (Lyon, 5M€ en Série A en 2021) fait du drone filaire, relié au sol par un câble d'alimentation qui lui permet de tenir en vol sans recharge. L'usage le moins connu est post-incendie. Une fois le feu éteint, les drones à caméra thermique repassent sur la zone pour repérer les points chauds qui couvent 30 à 40 centimètres sous terre et peuvent tout rallumer. Après les départs de feu répétés en forêt de Fontainebleau, un arrêté préfectoral d'avril 2026 a autorisé cette surveillance par drone. Sur les feux majeurs, l'armée française engage aussi le Reaper, un drone de surveillance américain acheté à General Atomics. 3. Combattre : le retour du matériel lourd Une fois le feu déclaré, la technologie change de nature. On quitte le logiciel pour entrer dans l'industriel. 3 réponses françaises au remplacement du Canadair C'est le dossier industriel le plus sensible du secteur. La flotte européenne de Canadair CL-415 vieillit, le constructeur historique n'en produit plus depuis des années, et la remise en production annoncée par De Havilland Canada ne livrera pas avant la fin de la décennie. La Sécurité civile française fait voler des appareils dont certains ont plus de 30 ans. 3 sociétés françaises se sont positionnées sur ce vide. Elles ne font pas le même pari. Hynaero (Mérignac à l'origine, désormais installée à Istres, créée en 2023) développe le Frégate-F100 , un hydravion à coque conçu à partir d'une feuille blanche, avec Airbus et l'ONERA comme partenaires. L'argument tient en un chiffre : 10 tonnes d'eau écopées en une fois, contre environ 6 tonnes pour un Canadair CL-415. Le programme est lauréat du volet régionalisé de France 2030. En mars 2026, la société a bouclé une Série A de 117M€ portée par Bpifrance et Région Sud Investissement. Premier vol visé en 2030, mise en service opérationnelle fin 2032. Positive Aviation (Blagnac, créée en 2024 par d'anciens ingénieurs et chefs de programme Airbus, 8M€ levés) prend le chemin inverse : plutôt que de dessiner un avion, elle en convertit un. Son FF72 remplace le train d'atterrissage d'un ATR 72-600 par 2 flotteurs équipés de trains et d'écopes, pour un emport de 8 000 litres en un seul passage. Les flotteurs sont construits par Multiplast, à Vannes, le spécialiste des bateaux de course au large. Dès mars 2025, l'américain Bridger Aerospace , premier opérateur privé de Canadair aux États-Unis, s'est engagé comme client de lancement avec une commande ferme de 10 appareils et 10 options . La société a levé 8M€ en juin 2025 auprès d'investisseurs privés français, et prépare un tour d'un ordre de grandeur sept fois supérieur pour financer l'industrialisation. Essais du démonstrateur FF72-X1 début 2027 à Toulouse-Blagnac, essais d'écopage au printemps 2027 sur le lac de Biscarrosse, certification visée en 2028 et mise en service pour la saison des feux 2029. Kepplair Evolution (Toulouse, 12M€ levés dont 5M€ de subvention) part du même ATR 72-600, mais assume un renoncement technique majeur : le Kepplair 72 , surnommé The Forest Keeper, n'écope pas . Il se ravitaille au sol. En échange, il emporte environ 7 500 litres d'eau ou de retardant, soit près de 40% de plus qu'un Canadair, avec un système de largage électrique maison, le KEDS, développé avec l'Institut de mécanique des fluides de Toulouse et Trotter Controls. Elle revendique 18 appareils engagés par lettres d'intention à la mi-2026. Essais de largage prévus fin 2026 ou début 2027, certification EASA visée pour 2027. Hynaero Positive Aviation Kepplair Evolution Appareil Frégate-F100 FF72 Kepplair 72 Approche Conception neuve Conversion ATR 72-600 Conversion ATR 72-600 Commandes Aucune annoncée 10 fermes + 10 options 18 lettres d'intention Écopage Oui Oui Non, ravitaillement au sol Emport 10 t 8 000 L ~7 500 L Financement connu 117M€ (Série A) 8M€ 12M€+ dont 5M€ de subvention Horizon Premier vol 2030, service fin 2032 Essais début 2027, service 2029 Essais de largage fin 2026, certification 2027 2 sociétés partent du même avion de base et arrivent à des conclusions opposées sur la fonction la plus emblématique du métier, l'écopage. Kepplair y renonce pour gagner 5 ans sur le calendrier de certification ; Positive Aviation la conserve pour rester substituable à un Canadair sur les mêmes missions ; Hynaero refuse le compromis et redessine l'avion, au prix d'un horizon 2032. Nous avions relevé le tour d'Hynaero dans notre baromètre de mars 2026 et dans le bilan du premier trimestre . Un Série A à 117M€ sur un actif hardware, régalien et vendu à des acheteurs publics reste une anomalie de marché. On tient là une commande industrielle habillée en equity. Pendant que la France arbitre entre 3 avions, une société américaine pose une autre question : faut-il encore un pilote ? Seneca (Sausalito, créée en 2024, 60M$ levés) est sortie de l'ombre en octobre 2025 avec ce qu'elle présente comme le plus gros tour de capital-risque jamais bouclé dans la lutte contre les incendies, mené par Caffeinated Capital et Convective Capital, avec First Round Capital et DCVC. Le produit : des drones de largage autonomes emportant plus de 45 kg, capables de décoller depuis n'importe où et de traiter un départ de feu en moins de 10 minutes. Cal Fire les teste depuis juillet 2026. Robots, ballons et barrières Shark Robotics (La Rochelle, créée en 2016 par Cyrille Kabbara, 10M€ levés) construit des robots terrestres pour milieux hostiles. Son Colossus est entré dans l'histoire en 2019 en intervenant plus de 10 heures à 800 degrés dans l'incendie de Notre-Dame de Paris. L'engin projette jusqu'à 3 000 litres par minute à 70 mètres de distance, emporte 500 kg de matériel et franchit des obstacles de 30 à 40 cm. La société revendique environ 350 robots vendus dans 25 pays, pour un chiffre d'affaires de l'ordre de 10M€, et a levé 10M€ en Série B en janvier 2023 auprès du fonds européen Move Capital Fund I. En novembre 2025, Shark Robotics a achevé la livraison de 40 Colossus aux pompiers ukrainiens , dans le cadre d'un contrat de 14,5M€ financé par la France via le fonds de soutien à l'Ukraine. 40 robots en 7 mois : à ce jour, le débouché le plus rémunérateur de la société n'est pas le marché français de la lutte contre le feu, c'est un canal géopolitique. Et le 27 juillet 2026, en pleine saison, la société a annoncé mettre jusqu'à 6 Colossus à disposition des sites industriels menacés par les feux en Gironde : dépôts logistiques, plateformes de stockage, usines, infrastructures énergétiques. Pas une opération de communication gratuite, mais une prestation temporaire facturée, en location de courte durée. ZELUP (Auvergne-Rhône-Alpes, créée en 2012, 1,6M€ levés en amorçage auprès de Starquest) travaille sur le consommable plutôt que sur l'engin : des buses et lances diphasiques air/eau qui produisent une brume plus fine pour une consommation d'eau réduite, destinées aux camions de pompiers et aux services de secours. La société a depuis été rachetée par Leader Group, spécialiste havrais du matériel de lutte contre l'incendie. Lium (France, créée en 2021, 0,8M€ levés) mise sur Horus, un ballon captif relié au sol qui maintient des capteurs en altitude. Son avantage sur un drone sur batterie : la permanence. Pas de cycles de décollage et de recharge, une surveillance continue des sites industriels sensibles pour détecter départs de feu, intrusions ou fuites de gaz. FireDome (Israël, Tel-Aviv, créée en 2024, 4,5M$ levés) applique la logique de la défense antimissile au feu. Un lanceur mécanique déploie rapidement une barrière de protection sur un périmètre et neutralise les départs secondaires provoqués par les projections de braises. Le financement se décompose en un tour de pre-seed de 3M$ mené par Third Sphere et Gravity, avec Caesar Fund, Atooro Fund et Vertex Ventures, complété par 1,5M$ de subvention de l'Israel Innovation Authority. Des sites pilotes sont visés aux États-Unis, dans les régions de Los Angeles et San Francisco. 4. Protéger : quand le feu passe quand même On ne peut pas tout éteindre. Il faut donc aussi protéger l'existant. Repli (France) commercialise un système d'autoprotection conçu par d'anciens marins-pompiers. Le principe : un rideau de brume d'eau qui enveloppe le bâtiment. Cible : habitations, campings, exploitations agricoles et sites professionnels exposés. Le dispositif a obtenu la médaille d'or au Concours Lépine 2026. L'équivalent américain a changé d'échelle. Frontline Wildfire Defense (San Francisco, créée en 2015, 54,4M$ levés) installe des sprinklers extérieurs et un système de mousse pilotables à distance, ce qui permet d'évacuer sans laisser la maison sans défense. La société revendique 96% de maisons sauvées parmi celles équipées lors des incendies de Los Angeles, et a bouclé une Série A de 48M$ en octobre 2025 menée par Norwest. À côté du matériel, une offre financière se met en place, et c'est là que se trouve le plus gros succès français du secteur. Descartes Underwriting (Paris, créée en 2018, 122,7M€ levés) vend de l'assurance paramétrique aux grandes entreprises : plus de 35 produits couvrant sécheresse, inondation, séisme et feu de forêt. Le principe est simple : l'indemnisation se déclenche sur un indice mesuré, sans expertise ni négociation. La société a levé 15,7M€ en 2020 auprès de Serena et Cathay Innovation, puis 107M€ en février 2022 menés par Highland Europe. Orakle Weather (France, créée en 2023, 0,6M€ levé) applique le même mécanisme à la météo. AI6 Technologies (France, créée en 2025, 4M€ levés) automatise le traitement des sinistres pour les assureurs, en combinant données textuelles et données issues de capteurs. L'assurance est le vrai marché latent du risque incendie. À mesure que les assureurs se retirent des zones les plus exposées, comme cela s'est produit en Californie, la demande pour des instruments alternatifs augmente mécaniquement. 5. Réparer : la forêt d'après Dernier maillon, le moins médiatisé. Morfo (France, créée en 2021 par Adrien Pages, Hugo Asselin et Pascal Asselin, 7,6M€ levés) reboise par drone. La technologie combine l'encapsulation de graines, la microbiologie et la vision par ordinateur : les drones accèdent aux zones escarpées et déposent jusqu'à 180 capsules par minute, avec une capacité annoncée de 50 hectares par jour. Son amorçage de 4M€ a été mené par Demeter et RAISE Ventures, avec AFI Ventures et TeamPact Ventures. Ce que le financement raconte Nous avons passé notre base de levées françaises au crible sur 6 ans, de janvier 2020 à juin 2026, en séparant deux familles de sociétés : celles qui travaillent à éviter le réchauffement : décarbonation industrielle, renouvelables, nucléaire, batteries, hydrogène, mobilité électrique ; celles qui travaillent à encaisser ses conséquences : feu, inondation, sécheresse, assurance contre les événements extrêmes. Le jargon climatique appelle ça mitigation et adaptation. Tours de table Montants levés Éviter le réchauffement 441 8 487M€ Encaisser ses conséquences 15 334M€ Un rapport de 1 à 25. Mais ce chiffre global cache le plus intéressant. Sur ces 334M€, 186M€ sont allés à des sociétés qui mesurent et assurent le risque, pas à celles qui combattent le feu . Descartes Underwriting en concentre l'essentiel avec 122,7M€, dont 107M€ menés par Highland Europe. Pas un euro d'argent public dans ces tours. S'y ajoutent Kayrros, Finres , vorteX-io, Hydroclimat, Celest Science, Orakle Weather et AI6 Technologies. Les machines qui combattent le feu, elles, tiennent en 5 tours sur 6 ans : Hynaero (117M€), Kepplair Evolution (12M€ dont 5M€ de subvention), Shark Robotics (10M€), Positive Aviation (8M€) et ZELUP (1,6M€). Total 149M€, dont 79% sur la seule opération Hynaero , portée par Bpifrance et Région Sud Investissement. Le capital-risque finance mal ce type d'actif, et pour des raisons qui n'ont rien à voir avec le climat. Du matériel lourd, des cycles de développement qui se comptent en années, des marchés étroits, une concurrence déjà installée, et surtout un acheteur public. Hynaero vise une mise en service fin 2032, neuf ans après sa création : peu de fonds classiques portent un actif aussi longtemps. D'où la présence quasi systématique de Bpifrance, des fonds régionaux et de véhicules à mandat souverain sur les tours les plus lourds. Ce qu'on retient 5 marchés, pas un. Prévenir, détecter, combattre, protéger, réparer relèvent d'acheteurs et de modèles économiques différents. La France a de quoi produire une alternative souveraine au Canadair. 3 acteurs sont sur la ligne de départ : Hynaero avec une conception neuve à horizon 2032, Positive Aviation et Kepplair Evolution avec des conversions d'ATR 72 plus rapides à certifier. Le premier a levé 117M€, les deux autres 12M€ et 8M€, mais ce sont eux qui ont des commandes. Reste à savoir qui franchira l'arrivée. La détection est en train de devenir une commodité. FireSat vise une revisite horaire mondiale d'ici 2029, OroraTech une constellation d'une centaine d'appareils. À cet horizon, détecter ne sera plus un différenciateur : la valeur remontera vers la fusion des signaux et l'aide à la décision, que personne n'a résolue à l'échelle nationale. Le capital privé finance la gestion du risque, moins la lutte contre les incendies. Sur 6 ans, l'assurance et la donnée climatique ont levé 186M€ auprès de fonds privés. Les machines qui combattent le feu, 149M€ en 5 tours, dont 79% sur un seul deal public. Et tant qu'une parcelle débroussaillée ne coûtera pas moins cher à assurer qu'une parcelle laissée en l'état, la prévention restera subventionnée. Les entreprises exposées commencent à payer pour se protéger elles-mêmes. Shark Robotics loue ses robots aux sites industriels de Gironde, Repli équipe habitations et campings, Descartes Underwriting assure les pertes. Ces clients-là décident en quelques jours, quand un marché public prend des mois. La souveraineté est le vrai sujet, et on s'en est aperçu tard. Le Canadair est canadien et n'est plus produit. Le Reaper que l'armée engage sur les feux est américain. FireSat est financé par des fondations américaines et opéré par une société américaine. Kayrros, seul acteur français d'envergure sur l'observation environnementale par satellite, est passé sous pavillon britannique en mai 2026. Les choses bougent enfin dans le bon sens : 3 programmes français de bombardiers d'eau, 117M€ mis sur la table et un volet dédié dans France 2030. Questions fréquentes Quelles technologies sont utilisées pour détecter les feux de forêt ? 4 familles coexistent. Les caméras équipées d'intelligence artificielle installées sur points hauts, qui repèrent une colonne de fumée en quelques minutes (FireTracking, Pyronear, Pano AI). Les satellites à imagerie infrarouge thermique, capables de détecter des foyers de quelques mètres à travers la fumée (OroraTech, FireSat). Les drones à caméra thermique, utilisés en reconnaissance et surtout après le feu pour repérer les points chauds enfouis (Novadem, Delair). Les capteurs IoT au sol, qui mesurent en continu température, humidité et rayonnement infrarouge. Quelles sont les startups françaises de la lutte contre les incendies ? Les principales sont Hynaero, Positive Aviation et Kepplair Evolution (avions bombardiers d'eau), Shark Robotics (robots terrestres, dont le Colossus, déployé jusqu'en Ukraine), Novadem, Delair et Elistair (drones), FireTracking (détection par caméras IA), Pyronear (détection open source), Lium (ballon captif de surveillance), Repli (autoprotection des bâtiments), Callendar et Hydroclimat (modélisation du risque), EcoTree (gestion forestière) et Morfo (reboisement par drone). Qui va remplacer le Canadair en France ? 3 projets français sont en lice, avec des approches différentes. Le Frégate-F100 d'Hynaero est un hydravion de conception neuve emportant 10 tonnes d'eau, dont le premier vol est visé en 2030 pour une mise en service fin 2032. Le FF72 de Positive Aviation convertit un ATR 72-600 en amphibie écopeur de 8 000 litres, avec une certification visée en 2028 et une mise en service en 2029 ; il compte déjà 10 commandes fermes de l'américain Bridger Aerospace. Le Kepplair 72 de Kepplair Evolution convertit également un ATR 72, mais renonce à l'écopage au profit d'un ravitaillement au sol, ce qui lui permet de viser une certification EASA dès 2027. Aucun n'est opérationnel à ce jour. L'intelligence artificielle est-elle efficace contre les feux de forêt ? Sur la détection, oui, et c'est mesurable : FireTracking annonce plus de 95% des départs détectés en moins de 3 minutes à partir de l'apparition de la fumée. Sur la prédiction et la modélisation de propagation, les résultats sont plus contrastés, car ils dépendent de la qualité des données de terrain (humidité du combustible, vent local) souvent indisponibles à la bonne granularité. Combien lèvent les startups de la lutte contre les incendies ? Les écarts sont considérables. Sur 6 ans, les machines qui combattent le feu ont levé 149M€ en France, dont 117M€ pour la seule Série A d'Hynaero en mars 2026. Les sociétés qui mesurent et assurent le risque climatique ont levé 186M€ sur la même période, portées par Descartes Underwriting (122,7M€) et Kayrros (78,5M$). À l'étranger, les ordres de grandeur sont tout autres : 146M$ pour Muon Space, 114M$ pour OroraTech, 89M$ pour Pano AI, 60M$ pour Seneca. Qui finance ces startups ? Majoritairement des acteurs publics ou para-publics en France : Bpifrance, fonds régionaux comme Région Sud Investissement. Les fonds de capital-risque privés restent peu présents sur les modèles vendus aux acheteurs publics, en raison de la longueur des cycles de vente. À l'international, quelques fonds spécialisés se sont positionnés, notamment Convective Capital, Lowercarbon Capital et Third Sphere. Les chiffres de financement proviennent de la base propriétaire Builders Republic. Vous pouvez explorer les fonds actifs sur ces thématiques dans notre base investisseurs . Article mis à jour en juillet 2026, chiffres de surface brûlée arrêtés au 25 juillet 2026.