Au 25 juillet 2026, près de 98 000 hectares avaient brûlé en France depuis le début de l'année. Un record historique, annoncé par le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. Gironde, Landes, Var, Pyrénées-Orientales, Drôme, Côtes-d'Armor, Fontainebleau : la carte des départs de feu ne se limite plus à l'arc méditerranéen. En parallèle, une industrie se structure. Caméras dopées à l'intelligence artificielle, satellites à imagerie infrarouge thermique, robots terrestres, machines de brûlage dirigé, bombardiers d'eau de nouvelle génération : la chaîne technologique de la lutte contre les incendies s'est densifiée en 5 ans. Le capital qui la finance, beaucoup moins. Cet article passe en revue les technologies déployées aujourd'hui, celles qui arrivent, et les startups qui les portent. Puis il regarde ce que le financement raconte vraiment de ce marché, chiffres à l'appui. La chaîne de valeur du feu : 5 maillons, 5 marchés On parle souvent de "lutte contre les incendies" comme d'un bloc. En réalité, il s'agit de 5 métiers distincts, avec des acheteurs, des cycles de vente et des modèles économiques différents : prévenir, détecter, combattre, protéger, réparer . C'est cette segmentation qui explique pourquoi certains segments lèvent des dizaines de millions et d'autres survivent en subventions. 1. Prévenir : modéliser le risque et retirer le combustible Le feu se gagne avant l'été. 2 familles de solutions coexistent. Cartographier l'exposition Callendar (France) transforme les projections climatiques en indicateurs locaux. On saisit une adresse, on obtient une estimation de l'exposition au risque de feu de forêt sur les décennies à venir. Le cas d'usage réel n'est pas le particulier curieux : ce sont les collectivités, les assureurs et les entreprises qui doivent chiffrer un risque physique sur des actifs immobiliers ou industriels. Hydroclimat (France, 2M€ levés en juin 2025) produit des projections ultra-locales de température, de précipitations, d'inondation et de sécheresse. Celest Science (France, 1M€ en avril 2025) aide assureurs, opérateurs énergétiques et agro-industriels à anticiper les événements extrêmes. Ces 3 sociétés vendent la même chose sous des habillages différents : de la donnée climatique traduite en décision opérationnelle. Le marché sous-jacent, c'est la conformité au risque physique, poussée par la réglementation financière européenne. Retirer le combustible L'autre levier est physique. Moins de biomasse sèche, moins de feu. Le débroussaillage réglementaire existe en France depuis longtemps, mais il reste manuel, coûteux et mal appliqué. BurnBot (États-Unis, 20M$ en Série A auprès de ReGen Ventures, Toyota Ventures, Lowercarbon Capital et Convective Capital) a industrialisé le brûlage dirigé. Sa machine RX déploie du feu à l'intérieur d'une chambre fermée et refroidit le sol au fur et à mesure de son avancée. Résultat : très peu de fumée, quasiment aucun risque d'échappement, et donc une utilisation possible toute l'année, y compris à proximité d'habitations. La société est intervenue sous les lignes très haute tension de PG&E en Californie, et a réalisé une coupure de combustible de 40 acres en 5 jours à San Rafael avec 3 personnes. C'est probablement le segment le plus sous-estimé du marché. Il ne fait pas rêver, mais il traite la cause plutôt que le symptôme, et il est facturable au forfait auprès d'acheteurs solvables (énergéticiens, gestionnaires d'infrastructures). 2. Détecter : la course aux minutes C'est le segment le plus actif, parce que la valeur y est facile à démontrer. Un feu détecté dans les 10 premières minutes se traite avec un camion. Le même feu détecté à une heure mobilise des moyens aériens et coûte cent fois plus cher. Les caméras au sol FireTracking (France) équipe des points hauts de caméras dont les images sont analysées en continu par un modèle de vision par ordinateur, entraîné à repérer une colonne de fumée. La société annonce détecter plus de 95% des départs de feu, en moins de 3 minutes après leur visibilité à l'œil nu. Le déploiement le plus significatif est celui d'Indre-et-Loire : un consortium formé avec Emerton Data et Axione a remporté l'appel à projets du Conseil départemental. Entre janvier et juin 2026, 6 sites supplémentaires ont été installés, portant la couverture à 95% de la surface des massifs forestiers du département. La société prépare une levée d'environ 3M€ pour accélérer son déploiement national. Pyronear (France) fait la même chose en open source, sous statut associatif, depuis 2019. Des caméras sur points hauts, un algorithme de détection embarqué sur micro-ordinateur, et un code accessible à tous. C'est une réponse crédible pour les départements au budget contraint, et une pression durable sur les prix du segment. Les satellites C'est là que les montants changent d'échelle. OroraTech (Allemagne, Munich) a levé 25M€ en Série B auprès de Korys, du European Circular Bioeconomy Fund et de Bayern Kapital. La société opère une constellation de CubeSats 8U embarquant une charge utile infrarouge en bandes moyennes (MWIR) et longues (LWIR), ce qui permet de détecter à la fois les flammes à haute intensité et les feux couvants à basse température. L'ambition affichée va jusqu'à 100 satellites. FireSat , opéré par Muon Space pour le compte de l' Earth Fire Alliance , a franchi une étape le 7 juillet 2026 : 3 satellites opérationnels ont été mis en orbite depuis la base de Vandenberg via la mission Transporter-17 de SpaceX. Chaque satellite embarque une charge utile infrarouge multispectrale à 6 canaux, capable de détecter un feu de 5 mètres sur 5 et de voir à travers la fumée et les nuages. Ces 3 premiers satellites assurent au moins 2 passages quotidiens sur chaque région exposée au feu dans le monde. L'objectif est une revisite horaire à l'échelle mondiale d'ici 2029. Le projet est soutenu par le Bezos Earth Fund, Google.org et la Gordon and Betty Moore Foundation. Satellites on Fire (Argentine) a levé 2,7M$ mené par Dalus Capital. Sa plateforme combine imagerie satellite, caméras au sol, modélisation de propagation et alertes en temps réel. L'argument commercial est direct : détecter en moyenne 35 minutes avant les alertes de la NASA. Le point à retenir : la détection satellite ne remplace pas la caméra au sol, elle la complète. Le satellite couvre les zones sans infrastructure et donne une vision globale ; la caméra donne la précision et la latence faible sur les zones à enjeux. Les acteurs qui gagneront seront ceux qui fusionnent les deux couches. 3. Combattre : le retour du matériel lourd Une fois le feu déclaré, la technologie change de nature. On quitte le logiciel pour entrer dans l'industriel. 3 réponses françaises au remplacement du Canadair C'est le dossier industriel le plus sensible du secteur. La flotte européenne de Canadair CL-415 vieillit, le constructeur historique n'en produit plus depuis des années, et la remise en production annoncée par De Havilland Canada ne livrera pas avant la fin de la décennie. La Sécurité civile française fait voler des appareils dont certains ont plus de 30 ans. 3 sociétés françaises se sont positionnées sur ce vide. Elles ne font pas le même pari. Hynaero (Mérignac à l'origine, désormais installée à Istres) développe le Frégate-F100 , un hydravion à coque conçu à partir d'une feuille blanche, avec Airbus et l'ONERA comme partenaires. L'argument tient en un chiffre : 10 tonnes d'eau écopées en une fois, contre environ 6 tonnes pour un Canadair CL-415. Le programme est lauréat du volet régionalisé de France 2030. En mars 2026, la société a bouclé une Série A de 117M€ portée par Bpifrance et Région Sud Investissement. Premier vol visé en 2030, mise en service opérationnelle fin 2032. Positive Aviation (Blagnac, fondée en 2024) prend le chemin inverse : plutôt que de dessiner un avion, elle en convertit un. Son FF72 transforme un ATR 72 en amphibie écopeur, par l'ajout de 2 flotteurs écopeurs sous le fuselage, de réservoirs et de trappes de largage. La société a reçu le premier de ses 2 flotteurs, étape préalable aux essais en vol. Kepplair Evolution (Toulouse) part du même ATR 72-600, mais assume un renoncement technique majeur : le Kepplair 72 , surnommé The Forest Keeper, n'écope pas . Il se ravitaille au sol. En échange, il emporte environ 7 500 litres d'eau ou de retardant, soit près de 40% de plus qu'un Canadair, avec un système de largage électrique maison, le KEDS, développé avec l'Institut de mécanique des fluides de Toulouse et Trotter Controls. La société a réuni plus de 12M€ , dont 5M€ de subvention de l'État et de la région Occitanie, et revendique 18 appareils engagés par lettres d'intention à la mi-2026. Essais de largage prévus fin 2026 ou début 2027, certification EASA visée pour 2027. Hynaero Positive Aviation Kepplair Evolution Appareil Frégate-F100 FF72 Kepplair 72 Approche Conception neuve Conversion ATR 72 Conversion ATR 72-600 Écopage Oui Oui Non, ravitaillement au sol Emport 10 t ATR 72 modifié ~7 500 L Financement connu 117M€ (Série A) Non communiqué 12M€+ dont 5M€ de subvention Horizon Premier vol 2030, service fin 2032 Essais en vol à venir Essais de largage fin 2026, certification 2027 Le contraste est instructif. 2 sociétés partent du même avion de base et arrivent à des conclusions opposées sur la fonction la plus emblématique du métier, l'écopage. Kepplair y renonce pour gagner 5 ans sur le calendrier de certification ; Positive Aviation la conserve pour rester substituable à un Canadair sur les mêmes missions ; Hynaero refuse le compromis et redessine l'avion, au prix d'un horizon 2032. Et surtout : 117M€ d'un côté, environ 12M€ de l'autre, pour 2 réponses au même besoin . L'écart ne tient pas à la qualité des équipes, il tient au fait qu'un programme de conception neuve avec Airbus et l'ONERA entre dans les cases de France 2030, quand une conversion d'ATR n'y entre pas. Nous avions relevé le tour d'Hynaero dans notre baromètre de mars 2026 et dans le bilan du premier trimestre . Un Série A à 117M€ sur un actif hardware, régalien et vendu à des acheteurs publics reste une anomalie de marché. Ce n'est pas un tour de capital-risque classique : c'est une commande industrielle habillée en equity. Robots, ballons et barrières Shark Robotics (France, La Rochelle, fondée en 2016) construit des robots terrestres pour milieux hostiles. Son Colossus est entré dans l'histoire en 2019 en intervenant plus de 10 heures à 800 degrés dans l'incendie de Notre-Dame de Paris. La société a livré plus de 100 robots dans 15 pays, auprès du ministère des Armées, de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris, du SDIS 33, mais aussi d'industriels comme Orano et ArianeGroup. Elle a levé 10M€ auprès du fonds européen Move Capital Fund I. Lium (France, 2021) prend un angle différent avec Horus, un ballon captif relié au sol qui maintient plusieurs capteurs en altitude. Contre un drone sur batterie, l'avantage est la permanence : pas de cycles de décollage et de recharge, une surveillance continue de sites industriels sensibles pour détecter départs de feu, intrusions ou fuites de gaz. FireDome (Israël, Tel-Aviv, fondée en 2024) applique la logique de la défense antimissile au feu. Un lanceur mécanique déploie rapidement une barrière de protection sur un périmètre et neutralise les départs secondaires provoqués par les projections de braises. La société est sortie de l'ombre avec 4,5M$ : un tour de pre-seed de 3M$ mené par Third Sphere et Gravity, avec Caesar Fund, Atooro Fund et Vertex Ventures, complété par 1,5M$ de subvention de l'Israel Innovation Authority. Des sites pilotes sont visés aux États-Unis, dans les régions de Los Angeles et San Francisco. 4. Protéger : quand le feu passe quand même Un segment émergent, structuré autour d'une idée simple : on ne peut pas tout éteindre, donc il faut aussi protéger l'existant. Repli (France) commercialise un système d'autoprotection conçu par d'anciens marins-pompiers. Le principe : un rideau de brume d'eau qui enveloppe le bâtiment. Cible : habitations, campings, exploitations agricoles et sites professionnels exposés. Le dispositif a obtenu la médaille d'or au Concours Lépine 2026. À côté du matériel, une couche financière se met en place. Orakle Weather (France, 0,6M€ en mai 2026) propose de l'assurance paramétrique météo, qui déclenche l'indemnisation automatiquement sur la base d'un indice mesuré plutôt que d'une expertise. AI6 Technologies (France, 4M€ en mars 2026) automatise le traitement des sinistres pour les assureurs, en combinant données textuelles et données issues de capteurs. L'assurance est le vrai marché latent du risque incendie. À mesure que les assureurs se retirent des zones les plus exposées, comme cela s'est produit en Californie, la demande pour des instruments alternatifs augmente mécaniquement. 5. Réparer : la forêt d'après Dernier maillon, le moins médiatisé. Morfo (France, fondée en 2021 par Adrien Pages, Hugo Asselin et Pascal Asselin) reboise par drone. La technologie combine l'encapsulation de graines, la microbiologie et la vision par ordinateur : les drones accèdent aux zones escarpées et déposent jusqu'à 180 capsules par minute, avec une capacité annoncée de 50 hectares par jour. La société a levé 4M€ en amorçage auprès de Demeter et RAISE Ventures, avec AFI Ventures et TeamPact Ventures. Mycophyto (France, 16M€ en janvier 2026) travaille en amont du sol, avec des inoculants mycorhiziens sur mesure qui régénèrent les terres dégradées. Ce n'est pas une société incendie à proprement parler, mais la régénération post-feu fait partie de ses cas d'usage. Ce que le financement raconte vraiment C'est ici que le tableau se retourne. Nous avons passé notre base de levées françaises au crible sur 18 mois, de janvier 2025 à juin 2026, pour séparer 2 logiques : la mitigation : tout ce qui vise à éviter le réchauffement (décarbonation industrielle, renouvelables, nucléaire, batteries, hydrogène, mobilité électrique) ; l'adaptation : tout ce qui vise à vivre avec ses conséquences (feu, inondation, sécheresse, risque climatique physique, assurance paramétrique). Catégorie Deals Montants levés Mitigation 68 994M€ Adaptation 6 133M€ Dont Hynaero seul 1 117M€ Adaptation hors Hynaero 5 16M€ Sur l'ensemble du secteur climat-cleantech-énergie (96 deals, 1 312M€ sur la période), l'adaptation représente environ 10% des montants. Et 88% de ce total tient à une seule opération , portée par 2 financeurs publics. Retirez Hynaero, et il reste 16M€ sur 18 mois , répartis sur 5 sociétés : vorteX-io (8,5M€, hydrologie temps réel pour la prévention des risques d'inondation et de sécheresse), AI6 Technologies (4M€), Hydroclimat (2M€), Celest Science (1M€), Orakle Weather (0,6M€). Soit 1,2% des montants levés par le climat français. 3 enseignements se dégagent. Premièrement, il n'y a pas de vague adaptation en France. Il y a un deal massif, public, et un désert derrière. Les articles qui annoncent l'émergence d'un marché de l'adaptation confondent l'intensité médiatique du sujet avec la réalité des tours de table. Deuxièmement, l'argent va au capex souverain, pas au logiciel. Un avion bombardier d'eau lève 117M€ ; une plateforme de détection qui couvre 95% d'un département prépare 3M€. L'écart est d'un facteur 40. La raison n'est pas technologique, elle est budgétaire : l'avion s'inscrit dans une ligne de commande publique identifiée et pluriannuelle, la plateforme logicielle dépend d'appels à projets départementaux au coup par coup. Troisièmement, le B2G reste le mur de ce marché. Les acheteurs sont les SDIS, les conseils départementaux, les régions, l'État. Cycles de vente longs, marchés publics, budgets annuels, décisions politiques. Pour un fonds de capital-risque classique qui cherche une croissance rapide et récurrente, le profil est difficile à financer. C'est précisément ce qui explique la présence quasi exclusive de Bpifrance, des fonds régionaux et de véhicules à mandat souverain sur les tours les plus importants. Demain : ce qui arrive et ce qui manque Ce qui arrive. La couche satellitaire va se densifier vite : la trajectoire annoncée par FireSat vise une revisite horaire mondiale d'ici 2029, celle d'OroraTech une constellation d'une centaine d'appareils. À cet horizon, la détection cesse d'être un différenciateur : elle devient une commodité. La valeur se déplacera vers la couche au-dessus, c'est-à-dire la modélisation de propagation, l'aide à la décision opérationnelle et l'allocation des moyens en temps réel. Ce qui manque. 3 trous béants dans le paysage actuel. Le premier est la fusion des données. Chaque acteur pousse sa propre alerte, dans son propre format. Un commandant des opérations de secours n'a aucun moyen simple d'agréger un signal satellite, une caméra départementale et un retour de drone dans une vue unique. C'est un problème de logiciel, pas de capteur, et personne ne l'a résolu à l'échelle nationale. Le deuxième est le modèle économique de la prévention. Les bénéfices sont diffus et différés, les coûts sont immédiats et portés par un acteur unique. Tant que l'assurance ne tarifera pas explicitement l'écart entre une parcelle traitée et une parcelle non traitée, le marché de la prévention restera subventionné. Le troisième est la souveraineté de la donnée. La plupart des alertes utilisées aujourd'hui en Europe reposent sur des capteurs américains. FireSat est financé par des fondations américaines et opéré par une société américaine. Ce n'est pas un problème de qualité, c'est un problème de dépendance, et il n'existe à ce jour aucun équivalent européen à la même échelle. Ce qu'on retient 5 marchés, pas un. Prévenir, détecter, combattre, protéger, réparer relèvent d'acheteurs et de modèles économiques différents. Confondre les 5 mène à des analyses fausses. La France a 3 candidats au remplacement du Canadair, et aucun n'est en service. Hynaero mise sur une conception neuve à horizon 2032, Positive Aviation et Kepplair Evolution sur des conversions d'ATR 72 plus rapides à certifier. Le premier a levé 117M€, le troisième environ 12M€. La détection est en train de devenir une commodité. L'avantage concurrentiel se déplace vers la fusion des signaux et l'aide à la décision. Le financement français de l'adaptation est un mirage statistique. 133M€ sur 18 mois, dont 88% sur un seul deal public. Hors ce deal, 16M€. Le sujet est brûlant dans les médias et quasi absent des tours de table. Questions fréquentes Quelles technologies sont utilisées pour détecter les feux de forêt ? 3 familles coexistent. Les caméras équipées d'intelligence artificielle installées sur points hauts, qui repèrent une colonne de fumée en quelques minutes (FireTracking, Pyronear). Les satellites à imagerie infrarouge thermique, capables de détecter des foyers de quelques mètres à travers la fumée (OroraTech, FireSat, Satellites on Fire). Les capteurs IoT au sol, qui mesurent en continu température, humidité et rayonnement infrarouge sur des surfaces limitées. Quelles sont les startups françaises de la lutte contre les incendies ? Les principales sont Hynaero, Positive Aviation et Kepplair Evolution (avions bombardiers d'eau), Shark Robotics (robots terrestres, dont le Colossus), FireTracking (détection par caméras IA), Pyronear (détection open source), Lium (ballon captif de surveillance), Repli (autoprotection des bâtiments), Callendar et Hydroclimat (modélisation du risque), et Morfo (reboisement par drone). Qui va remplacer le Canadair en France ? 3 projets français sont en lice, avec des approches différentes. Le Frégate-F100 d'Hynaero est un hydravion de conception neuve emportant 10 tonnes d'eau, dont le premier vol est visé en 2030 pour une mise en service fin 2032. Le FF72 de Positive Aviation convertit un ATR 72 en amphibie écopeur. Le Kepplair 72 de Kepplair Evolution convertit également un ATR 72, mais renonce à l'écopage au profit d'un ravitaillement au sol, ce qui lui permet de viser une certification EASA dès 2027. Aucun n'est opérationnel à ce jour. L'intelligence artificielle est-elle efficace contre les feux de forêt ? Sur la détection, oui, et c'est mesurable : FireTracking annonce plus de 95% des départs détectés en moins de 3 minutes. Sur la prédiction et la modélisation de propagation, les résultats sont plus contrastés, car ils dépendent de la qualité des données de terrain (humidité du combustible, vent local) souvent indisponibles à la bonne granularité. Combien lèvent les startups de la lutte contre les incendies ? En France, très peu, à une exception près. Hynaero a levé 117M€ en Série A en mars 2026. En dehors de cette opération, l'ensemble des sociétés françaises d'adaptation au risque climatique a levé environ 16M€ sur les 18 mois allant de janvier 2025 à juin 2026. À l'étranger, les ordres de grandeur sont de 20M$ pour BurnBot et 25M€ pour l'allemand OroraTech. Qui finance ces startups ? Majoritairement des acteurs publics ou para-publics en France : Bpifrance, fonds régionaux comme Région Sud Investissement. Les fonds de capital-risque privés restent peu présents sur les modèles vendus aux acheteurs publics, en raison de la longueur des cycles de vente. À l'international, quelques fonds spécialisés se sont positionnés, notamment Convective Capital, Lowercarbon Capital et Third Sphere. Les données de financement citées proviennent de la base propriétaire Builders Republic, qui recense les levées de fonds des startups françaises. Vous pouvez explorer les fonds actifs sur ces thématiques dans notre base investisseurs . Article mis à jour en juillet 2026. Les chiffres de surface brûlée sont arrêtés au 25 juillet 2026.
Feux de forêt : les technologies et les startups qui changent la lutte contre les incendies
Erwan Bernard · · 18 min read
Data, Analyse, Tendances
Détection par IA, satellites thermiques, robots, successeurs du Canadair : panorama des technologies et des startups de la lutte contre les incendies.